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Viens me retrouver aux flammes vertes
David Solanes Venzalá




17-11-1991.


9-5-1989

J'ai toujours pensé que connaître quelqu'un de l'autre côté serait effrayant, vraiment. Mais le 8 Février 1904, un jour nuageux, de nombreux concepts qui s'étaient forgé dans l'esprit sur la conception de la vie allaient changer.

La veille avait été une dure journée et, dans l'usine de papier, je dus faire des heures supplémentaires si je ne voulais pas arriver à la fin du mois en tirant la langue. En plus, il y a eu des problèmes car je me suis mis dans la politique de Patriotisme-Indépendance et j'ai dû quitter "Industrias Papeleras S.A" bien après minuit. Le chemin qui conduisait vers l'entrée délabrée de mon minuscule appartement délabré , où j'avais passé presque neuf ans de ma pitre existence, est devenu une dangereuse aventure, laissant mon adrénaline intensifier mes sens, à un tel point que les fréquences de vision captées par mon oeil aperçoivent des ombres, cachées derrière les murs des immeubles tout noirs, prêts à montrer les bonnes manières à celui qui a des idées bizarres.

Quelques jours auparavant, un cadavre était apparu sauvagement assassiné à coup de bâtons, mais les journaux n'en parlent pas, bien sûr ça n'arrangeait personne.

Même la nuit avant le 8 février, je suis arrivé à la maison, éreinté. Avant de dormir je me plaisais à regarder un des livres que ma mère me légua à sa mort, à cette époque où je lisais Edgard Alan Poe, je ne me rappelle pas bien ce que c'était, je ne suis jamais arrivé à le sortir de l'étagère, je suis allé me blottir sous les draps pour tomber dans un profond sommeil, plein d'étranges sensations, causées par "L'Association de Rêves et Sousconscients Unis par la Cause".

Quand je sortis du numéro 58 de la rue Bequer,

29-6-1990
(rassemblant des notes de l'ouvrage en question)

ce matin-là, un mois de février, mes pieds étaient plus lourds que d'accoutumée et les pas n'en finissaient pas, mais tout était normal cependant... durant quelques minutes seulement, Quand j'ai levé les yeux, qui étaient fixés sur la grande chaussée alors que je me dirigeais au carrefour de la rue Sant Jordi qui faisait l'angle avec le passage Moira, quelque chose me fit arrêter, bien que je me rendis compte seulement quelques secondes plus tard que je m'étais arrêté. Une porte; durant les douze années que j'avais parcouru le même chemin, à la même heure et pratiquement dans les mêmes circonstances, je n'avais jamais remarqué cette porte.

Elle semblait rompre avec l'harmonie de tous les immeubles, hauts de quatre étages au maximum, et qui poussaient aux alentours de ce nouveau quartier de montagne, blanc sur fond blanc. Ce fut la première phrase qui parvint à mes neurones, quand j'aperçus l'entrée couleur de neige, et qui avait une pureté inerte, sérieuse.

Je m'y approchai à quelques centimètres et la touchai doucement du bout des doigts, elle était ouverte. L'intérieur était rempli d'une obscurité énormément silencieuse et au fond, ce qui semblait être un couloir, on devinait une faible lumière; j'avançai vers elle, lentement je commençai à apercevoir une figure, quand je parvins au seuil de cette lumière (des années s'étaient écoulées..des années?) je trouvai un individu de 26 ou 27 ans, qui portait une veste noire pâle avec des rayures estompées, un pantalon du même style, des souliers noirs qui brillaient, une chemise blanche avec les deux boutons du col boutonnées, une cravate avec le noeud exagérément desserré; il portait un chapeau gris aux bords étroits

avec une ceinture grise, les cheveux noirs, pas très longs et une barbe noire de trois jours.

Il était placé à côté d'une table de bureau, avec une lampe qui éclairait la surface, plein de papiers et de dossiers dont il n'y avait rien à comprendre, et surtout si on était éloigné de la table.

Le pourtour de la chambre était une inconnue; rien ne semblait avoir une limite d'espace cohérente. Il gratta une allumette

sur le bord de la table et la porta à son visage, alluma une cigarette et secoua rapidement sa main, il éteignit l'allumette, disposé à la jeter sur ce qui semblait être le sol; il pris la cigarette de ses lèvres avec sa main droite et laissa s'échapper une bouffée de fumée qui durant un court instant lui cacha le visage.

- Jan? -demanda -t- il avec la sensation de le savoir depuis bien longtemps -.

- Oui -répondis-je.

8-9-1991
(à suivre)

Il me regarda durant quelques instants en pensant à quelque chose, il prit ensuite un des dossiers qu'il y avait sur la table et, descendant du bord de celle-ci, où il était juché avec une jambe par terre et une autre suspendue en l'air, tout en ramassant une veste posée sur le dos de la chaise qui se trouvait derrière la table, il dit:

- Bon!, toi et moi on va aller faire un tour.

Et, ajustant sa veste, il se dirigea vers l'endroit où je me trouvais, m'invita à me tourner avec le geste qu'il fallait, et quand je le fis, alors que mon esprit se demandait où il était et qui était ce personnage, je vis devant moi, à ma grande surprise, une image congelée et tout de suite j'eus la sensation de déjà-vu la plus intense jamais ressentie jusqu'à présent. En effet, j'avais vu cette scène, et devant mes yeux elle retrouvait la mobilité.

Tous les yeux étaient tournés vers moi, me regardant avec intérêt et mon ego s'en imprégnait et il grandissait, on respirait dans l'air la fictive arrogance expulsée et le sentiment de supériorité retombait sur certains comme des braises ardentes; et moi, étranger à tout cela, je poursuivais ma tirade.

Une personne charismatique aurait vu cet air de supériorité naturel et, par définition, collant très bien à l'individu.

Mais moi je n'avais pas de charisme, et je m'en fichais, car je ne comprenais pas que j'agissais de la sorte, même si ce n'est pas une excuse.

Je me retournais et je me trouvais face à l'individu qui m'avait amené jusque là, il me regardait avec la tête "je devais le faire", je me suis retourné encore une fois et toutes les images commencèrent à se fragmenter comme si c'était un collage.

Cette fois j'observais comme il me souriait, et son sourire était loin d'accompagner le regard comme cela aurait dû être le cas, il se retourna et parlait à quelqu'un:

- Pour qui il se prend cet imbécile?, il m'a fait une vacherie il y a deux jours, je ne te raconte pas.

- Oui oui je t'écoute... -rétorqua l'autre personne -.

Je savais qui ils étaient mais je ne reconnaissais pas leurs visages. Et à ce moment-là mon âme était en feu; ils me prirent par le bras; c'était le type qui portait le dossier avec lui, mon dossier.

- Qui es-tu? -lui demandai-je enfin -.

Tu le sauras le moment venu - me répondit-il d'un ton aimable -, mais tu peux m'appeler Benet -et il ajouta- Te rappelles-tu quand tu voulais monter une petite troupe de théâtre?... te rappelles-tu des personnes qui passèrent par ce que tu appelas "ta troupe"?......Te rappelles-tu le nombre de fois que tu as commencé...

Regarde -me dit-il en signalant un point concret, dans lequel apparaissaient des petits morceaux d'images fibreuses de l'infini du néant qui, s'assemblant, parvenaient à former une situation, dans un temps, dans un lieu donné.

Entrent le Riche, le Roi, le Pauvre et la Beauté, la Discrétion et un enfant.




C'est...tout simplement incroyable...!!Marcos, c'est à dire: comment est-ce possible que tu ne connaisses pas un paragraphe de ces caractéristiques, est-ce si difficile?...

La Cour.

Je suis dans une pièce qui ne m'est pas étrange...c'est Marcos; que fait-il?, révise-t-il la pièce !? il est trois heures du matin, on entend mal; une tasse de café à côté du livret et avec les simagrées exigées par le scénario, devant un miroir, répète, répète!,... j'étais en train de répéter, sans cesse et Marcos ne disait rien, il absorbait tout ce que je lui disais.

- Marcos? -me dit Benet tout à coup- ...et Judith, y Eva, Roberto, Antonio, Damien, Teresa... et les autres.

- Jan, tout le monde connaissait ta capacité pour interpréter, et le peu de condescendance pour comprendre que tout le monde n'avait pas les mêmes facilités, et même s'ils l'avaient, il convenait de travailler avec compréhension.

J'avais un noeud dans la gorge et mon esprit était agité.

9-9-1991

Je prenais mon front dans mes mains en enlaçant mes doigts, je me frottais les yeux, espérant me réveiller et quand je les ouvris, Benet était là, entouré d'un fond sans rien, sans bord défini, se perdant dans un scénario noir, dans l'immensité, et devant lui, moi.

- Allons, allons... -rétorqua Benet avec une espèce de ton violent- il reste des choses à voir.

Et à ce moment précis tout s'illumina exagérément, durant des secondes? Des mois?...et quand la lumière de nature étrange s'atténua, entre les scintillements commencèrent à apparaître des personnes, des femmes.

Tout arrivait avec une vitesse très inférieure à la normale, régie par l'espace-temps et même si tout le monde était en train de bavarder, on ne comprenait pas un mot, tous les verbes étaient opaques...:

Rosa? C'est Rosa! Je l'attrape par la ceinture j'aime la prendre par la ceinture elle se laisse faire j'aime qu'elle se laisse faire je ne fais rien d'autre Lucía! Je luis fais des plaisanteries je lui caresse le cou elle se laisse faire et sourit Elisa, je l'ai, je l'ai eue Raquel? Non pas Raquel elle , elle appartient à Pablo, pas question de toucher à Raquel ni à Laura ni à Sofía...

Je haussais le ton :

- Mais ce n'est pas mauvais-je recherchais les yeux verts de Benet- c'est à dire; pas de cette manière---bon, d'accord...car j'aime voir ses réactions, mais c'est tout!... Benet où es-tu, où...-une voix qui sortait de mes neurones me surprit, c'était la voix de Benet -.

-Non, ça va pas, mais , et les autres? Que pouvaient penser les autres? Et en plus ils avaient raison...imagine-le de l'extérieur, ou essaie tout du moins- me disait-il en douceur, mais ça n'avait pas d'effet sur moi. Tout faisait revivre des sentiments contradictoires et l'antagonisme de ceux-ci me perturbait l'esprit.

10-11-1991
(deux verres de Whisky et un paquet de blondes.
Presque remis sur pied.)

Mon cerveau bouillait encore, mais je devinais que d'autres choses allaient arriver, beaucoup d'autres choses. Je pris ma tête dans mes mains, entourant mes doigts dans mes cheveux dorés, pressionant mes tempes avec le Mont de Vénus de chaque paume de la main...j'attendais quelque chose...et la chose arriva.

C'était un vendredi du mois de novembre, j'avais eu une journée horrible, pleine d'accrocs, mais on pouvait oublier ça, j'allais chercher Silvia, son nom seul avait le goût de miel pour moi, ses yeux bleus ciel , brillants, me remplissaient de joie, ses cheveux lisses férocement teintés par le soleil, tout son corps se balançait en harmonie avec les biens de la nature. Je l'aimais.

Salut Jan!, il faut que l'on parle -me dit Silvia-, d'un ton sec, ce qui me surprit horriblement; je ne l'avais pas vue de la journée, j'arrivais d'un temps où ses baisers étaient froids et mon corps commençait à décharger de l'adrénaline dans le sang tandis que mon coeur battait intensément dans ma poitrine.

- Qu'est-ce qui t'arrive, ma belle- lui dis-je d'un ton cordial et défensif tout en faisant le geste de la prendre dans mes bras, ce fut à cet instant qu'elle s'écarta brusquement et que mes mains commencèrent à suer froidement.

- Qu'est-ce qui t'arrive?. Tu ne veux pas que je te touche -rétorquais-je d'une voix tremblante, simulant une certaine fermeté -.

- Non -une lance de gel traversa mes tempes -.

- Silvia, qu'est-ce qui..?

- Il n'y en a que pour cinq minutes -ça sonnait comme l'hiver -.

- Bon, mais qu'est-ce qu'il y a? -simuler la fermeté devenait difficile -.

- Jan... je... -elle fit une pause et sa voix commençait à avoir froid- je veux qu'on arrête de se voir.

Ses mots commencèrent à rebondir dans mon cerveau comme si elles les avaient dit dans une église de métal et mes entrailles commencèrent à brûler.

- Mais... pourquoi?... qu'est-ce qui t'arrive -ma voix tremblait de plus en plus et mes yeux devenaient humides depuis un bon moment, j'ignore depuis combien de temps-

- Écoute... c'est un tout, ce n'est seulement une seule chose.

- Qu'est-ce que tu veux dire.

- Eh bien

- Tu penses que je ne suis plus aussi génial qu'il y a trois mois.

- Non, ce n'est pas ça.

- Si, c'est ça...

- Non , mais on ne pense pas de la même manière toi et moi...et...

- Maintenant je pige! Ça doit être une excuse, tu me caches quelque chose...

- Non...

- Silvia, amène-moi deux personnes de ce monde qui pensent pareil et je te croirai.

- Je veux parler de la manière de penser...

- Tu veux me dire que tu me connais à fond en trois mois de temps?.

- suffisamment.

- Mais, on a à peine été ensemble durant tout ce temps, allons, regarde moi dans les yeux et dis-moi que l'on a eu ce qu'on appelle des moments intimes.

Elle me regarda, ses yeux brillaient et son cou lui laissaient échapper peu de mots.

- Non, on ne les a pas eus, mais c'est un tout et...

- Et c'est ma faute -elle me regarda avec un mélange d'indignation et de tristesse

- Je n'ai pas dit ça, et que je ne l'ai pas dit ne signifie pas que je ne l'ai pas pensé.

- Je sais que tu as plein de problèmes, tu me l'as raconté souvent, mais je suis là pour ça, pour le meilleur et pour le pire, c'est comme ça, la vie est une noix qu'on ne peut séparer avec des oreillers... et encore moins si tu n'as pas de marteau; allons donne-moi une raison convainquante et je te comprendrai -au moins mon cerveau, je ne sais pas si mon coeur pourra -pensais-je dans mon fort intérieur.

- Je ne peux pas.

- Car tu n'en a pas.

- Mais je ne veux pas continuer.

- Tu es sous le choc et confuse, tu ne sais pas quoi faire avec ce que tu as dans les mains.

- Oui -dit-elle en s'efforçant pour ne pas pleurer -.

- Moi... -dit Silvia- j'aimerais que l'on reste amis, mais ça va être difficile.

- Mon Dieu! Silvia , qu'est-ce que ça veut dire!? T'ai-je fait du mal...?

- Du mal?, qui passe ses après-midi assise sur un banc avec les autres en attendant que Monsieur "Jan Solés" revienne de la répétition du théâtre -elle voulait durcir le ton mais c'était difficile

- Mais ça ne t'a jamais embêté...

- C'est vrai mais et le jour où tu es resté l'après-midi en train de dormir? Pour venir ensuite me chercher à une heure tardive.

- Mais tu ne m'as rien dit.

- Je pensais que tu étais suffisamment sensible...mais ce n'est qu'un exemple, en principe je n'ai pas de raison de ne pas te regarder droit dans les yeux.

- Silvia, on ne le dirait pas.

- Si Jan, je me sens bien avec toi, je ne te déteste pas.

- Tu perds la tête.

- Je sais bien -gémit-elle au bord des larmes; et moi aussi j'étais sur le point de pleurer-, mais je veux qu'on arrête de se voir.

- Réfléchis un peu, durant quelques jours, il n'y a pas le feu.

- C'est mieux qu'on arrête maintenant.

- Tu me laisses te donner un baiser d'adieu?.

- Non.

- Je te raccompagne chez toi?.

- Non.

- Bon eh bien ..adieu.

- ...adieu.

...

...

Je levais les yeux, Benet était là, me regardant avec sa chemise déboutonnée, saisissant la veste avec le pouce et la laissant retomber sur son épaule.

11-11-1991

- Tu te rappelles de ça Jan? -dit-il sur un ton de réprimande, et par moment j'étais sur le point de lui crier "qu'est-ce que ça peut te faire, c'est ma vie", mais je ne le fis point. Je lui répondis :

- Oui, je m'en souviens.

- Jan, dans ta vie des choses auxquelles d'autres personnes auraient donné beaucoup d'importance t'ont toujours échappé, en revanche tu n'y as même pas fait gaffe.

- Benet -parvins-je à balbutier - tout ce que tu me racontes, c'est très simple de l'extérieur, tout à gentiment un sens pour ceux qui montrent du doigt...Jan fait ci, Jan fait ça, et les gens ne se rendent sans doute pas compte qu'ils font des choses bien pires.

- Mais en ce moment on est en train de parler de toi.

12-11-1991

Benet fit tomber sa veste vers ce qui devait être le sol. Je continuais à ne pas faire cas de lui.

- Tout commence bien, prend forme, a du sens et ensuite quelqu'un qui soi-disant tient la vérité est capable de lui dire (à une autre personne bien entendu), sa version des faits, comme s'il jouait à être Dieu. Tout le monde peut voir tes défauts et les attaquer, les dire mais et les vertus? Non ça on ne les reconnaît pas, ça n'intéresse pas, on n'en parle pas, on n'en tient pas compte.

Ma voix devenait plus agressive et la souffrance accumulée se transformait en furie-, et ensuite ces mêmes personnes qui te détestaient tant, te donnent la main, t'embrassent et te souhaitent bonne chance, et toi tu penses "quel chic type" tandis que toutes les pantomimes perdent leur sens- je regardais fixement Benet

- Et qu'est-ce que tu veux dire par là -la voix de Benet était aimable-

tu sais très bien, et ça ne date pas d'aujourd'hui, que c'est quelque chose de naturel, même si ça ne devait pas l'être, peu de gens sont capables de dire ce qu'ils pensent de toi malgré le concept que tu peux avoir d'eux par la suite: tu dois savoir faire la différence entre les personnes qui te le disent pour t'aider et ceux qui le disent pour te foutre en l'air. Et un beau jour tu découvres par hasard que celui qui te disait les choses le plus clairement possible, celui qui semblait te faire peur avec ses critiques soi-disant constructives la plupart du temps, est bizarrement de ceux qui t'appréciaient le plus. Il fit une pause tandis que je respirais avec difficulté.

- Et Même comme ça, si tu pouvais voir certaines choses que tu as faites ,vues de l'extérieur, tu te rendrais compte que, selon la situation, tu en aurais eu ras-le-bol, comme par exemple ton excès de pédanterie, ce fictice "je ne sais quoi" qui veut te faire paraître que tu es au-dessus des autres sachant très bien que ce n'est pas forcément comme ça, et pour toi ce n'est pas vrai, tu aimes vendre l'idée que tout marche parfaitement, que tout est contrôlé..

Car je contrôle tout, dis-je - et en plus je ne prétends pas être au-dessus de quelque chose, je... je crois en l'apprentissage de l'un vers l'autre...je crois que celui qui sait quelque chose, n'importe quoi, doit essayer de l'expliquer à celui qui l'ignore et s'il a des connaissances, ils devraient confronter leurs opinions, les points de v....

Quand as-tu laissé aux autres le soin de te donner leurs opinions?-dit Benet tranquillement

Chaque fois qu'on n'a pas essayé de se placer au-desssus de moi.

Eh bien c'est ici que devait se trouver la dose d'humilité qu'il fallait, et non alimenter un ego qui ne déboucherait que sur une discussion verbale dans le meilleur des cas, Jan.

Mais..-ma furie laissait entrevoir des étincelles d'anxiété dans mes mots- Quel est la voie? Tout le monde se soucie de survivre et pense qu'écraser le pied d'autrui n'importe quand pour s'autoréaliser.

Pas tout le monde et...Pourquoi tu ne parles pas à la première personne?

Car je le fais seulement comme défense -dis-je d'un ton gémissant

- Beaucoup de gens font la même chose. Tu dois seulement sortir du lot, pour que quelqu'un te mette des bâtons dans les roues, même si l'air que tu respires est infime, en même temps que tu provoques de façon presque démentielle une certaine envie qui n'a pas de sens, ou tout simplement de l'antipathie; en revanche, quand tu passes inaperçu, les choses sont différentes, et il y a en général deux possibilités, la première:

"- C'est un chic type, il ne dit rien il suit son bonhomme de chemin.

- Oui mais on peut compter sur lui.

- Oui."

Ou bien quelque chose de tout à fait différent voulant rapetisser la personne jusqu'à plus soif, et de la façon la plus cruelle qui soit, normalement ce n'est pas une seule personne qui s'en charge mais c'est une charrette dans laquelle montent tous les autres quand les choses sont à point et ils châtient inlassablement, bien entendu ceux qui sont en marge du sujet n'ouvrent pas la bouche, par peur que cela se répande et celui qui ouvre la bouche est en général celui qui sera silencieusement détesté par tous pour ...ne pas avoir su être resté à l'écart

J'étais encore une fois tête basse, les muscles de mes bras étaient détendus et tombaient le long de mon abdomen, Benet poursuivait son discours.

- De la même manière qu'en silence plus d'un se réjouirent de la séparation avec Silvia, elle a coupé avec toi, et tout ça pour la même raison que ce que je t'ai dit.

Je ne disais rien, les yeux cristallisés, les paupières baissées, la peau pâle.

Benet prit sa veste du supposé sol, et chercha mon dossier dans une poche intérieure , tout en prenant la veste avec une main, il l'ouvrit et chercha du regard quelque chose sur le papier, me regarda d'un angle dans lequel on distinguait à peine mon visage et le profil de mon corps, il plia de nouveau le papier et s'approcha de moi et tout en passant une main sur mon épaule gauche me dit

Allons -dit-il d'un ton tranquillisant -, il y a d'autres choses.

Il enleva sa main et avançait devant moi. Je le suivis.

Benet traînait les pieds, regardait par terre, ne voyait pas où il mettait les pieds, ils disparaissaient dans le néant avant qu'ils ne puisse vois ses pas, très loin de moi j'entendais quelque chose qui avait du sens au fur et à mesure que j'avançais, c'était une musique, je n'arrivais pas à discerner exactement l'air, c'était encore très loin, cette musique fut accompagnée d'une forte baisse de la température et l'obscurité où se perdaient mes pieds se dissipait peu à peu et atteignit un ton blanc, qui par la suite prendrait forme et se transformerait en trottoir de ma ville, c'était ma ville, il y avait..des mois? Des années? J'ignorais combien de temps, mais c'était bien ma ville, même si elle était un peu différente, il y avait des lumières et des guirlandes partout et la musique arrivaient à mes oreilles, c'étaient des chants de Noël chantés par une bande d'enfants qui demandaient des étrennes avec un bonnet qu'un enfant qui ne chantait pas proposait aux passants.

Je m'étais quelque peu récupéré, mais quelque chose me coupait l'énergie, j'ignorais quoi. Benet se tourna vers moi, Noël t'a toujours déprimé, c'est à dire; à partir de l'âge de quatorze ans, tout commença à ce moment, il signala le collège où j'avais été avant de passer le Certificat d'Études.

J'allais comme chaque matin à la ville pour étudier au collège qui se trouvait dans le centre, ma mère vivait encore et avec ce que mon père nous avait laissé plus le salaire de ma mère qui faisait du ménage, on pouvait me payer des études, chose qui serait impossible l'année suivante.

Ce matin-là, c'était un peu différent, j'allais rencontrer Rosaura, et j'allais comme un fou dans les rues, protégé par mon écharpe et par le passe-montagne; mes chaussures lacées, les semelles supportaient mes pas vigoureux; assise sur un banc du parc près de l'école se trouvait Rosaura, j'ignorais tout de l'amour mais si j'étais sûr d'une chose c'était que je préférais être avec Rosaura plutôt que d'aller jouer "aux osselets" ou à autre chose avec mes amis, Rosaura était le centre d'intérêt pour moi et tout tournait autour d'elle.

Quand elle me vit, elle se leva du banc où elle se trouvait assise et attendit à ce que je me trouve à cinq mètres les bras sur les hanches et me dire, de sa jeune voix, sur un ton de réprimande:

- Tu es en retard!!

Et moi qui ne demandait qu'à la prendre dans mes bras, sentir la chaleur de son corps je lui répondis :

- Pardon , je peux te prendre dans mes bras?

Elle sourit en baissant la tête sans écarter son regard en laissant échapper un mot.

- Non

- Je peux te prendre par la main?

Ce à quoi elle répondit à ma satisfaction- Bon-.

Et tous les deux ensemble, main dans la main, nous allions tranquillement chemin faisant en direction de l'école. Rosaura était en même année que moi à l'école, mais pas dans la même classe bien-sûr, elle allait de l'autre côté du Collège, celui qui était réservé aux filles. C'était une fille avec un corps parfaitement développé. Moi pas autant, et en plus il me manquait pas mal, au niveau mental tout du moins.

Deux blocs avant d'arriver à l'école elle me lâcha la main, et me dit d'un air effrayé:

- Et si on nous voyait

- Si on nous voyait quoi? Répondis-je.

- Mais tu ne comprends pas ?-dit-elle comme quelqu'un qui dit à l'autre quelque chose qu'il ignore. Evidemment que je comprenais, je répliquais:

- Non.

13-11-1991

Elle, impuissante, prit les livres des deux mains et marcha en regardant droit devant elle, tandis que j'étais à ses côtés à 50 cms de distance, pressant le pas quelque peu car elle avait accéléré.

Une fois arrivé à la porte, elle partit en disant un simple "au revoir", sachant très bien que je ne la reverrai pas avant un bon moment. À la sortie je l'ai attendue, mais cette fois-ci elle mit plus de temps que d'habitude, je ne me suis pas posé de questions, car elle venait avec ses amies qui, lorsqu'elles me virent, pouffèrent de rire, ça n'était jamais arrivé, et je me sentais mal, et sur le champs elle se sépara du groupe et s'approcha de moi, elle me dit d'un ton plus froid que d'habitude;

On y va. -Je l'ai accompagnée jusqu'au banc de la place où on avait l'habitude de se voir, cette fois, je ne lui pris pas la main. C'était un 24 décembre 1894, la veille de Noël et l'avant-veille de San Esteban, ça devait être deux jours sans voir Rosaura, le 27 décembre allait être un jour marqué d'une pierre noire.

Nous avions passé le Noël, comme chaque année depuis la mort de mon père, chez des voisins qui étaient plus aisés que nous car nous ne pouvions pas nous permettre certains luxes, et Monsieur Braix et sa famille nous invitaient au repas de Noël, le soir, avec tout ce que voulait dire un repas de Noël.

M. Braix avait une femme et deux filles de 19 et 21 ans, il était comptable et fut ami de mon père, c'était un honnête homme qui était toujours magnanime, même quand ce n'était pas Noël.

Moi, je ne me sentais pas bien, Rosaura était loin de moi et j'éprouvais pour elle quelque chose que je n'avais senti auparavant, autre chose me perturbait l'esprit, mais c'était si terrible que je n'osais y penser.

Le repas se déroula normalement, bien que mes yeux pour la première fois étaient tristes, comme jamais jusqu'à ce soir-là.

Nous quittâmes la famille Braix, au milieu d'une multitude de "Joyeux Noël" alors que ma mère remerciait sans parcimonie en son nom et en mon nom.

Nous traversâmes la rue et quelques mètres avant d'arriver à la porte d'entrée, ma mère me prit d'un ton sérieux, me demanda ce qui m'arrivait et moi, tout triste, vu que je ne pouvais rien cacher à ma mère

- C'est une fille à l'école...dis-je, et je ne pus continuer, j'avais un noeud dans la gorge.-

Ma mère me prit de nouveau dans ses bras et me dit d'un ton solennel.

- Je t'aiderai du mieux que je peux, Jan, mais tu es déjà presque un homme, tu l'as été un peu avant les autres enfants.

Il commença à neiger, comme peu souvent dans ma ville, nous pressâmes le pas pour rentrer, ça allait être une nuit froide dans tous le sens du terme.

Je passai San Esteban à la maison, avec ma Mère, je perdis l'envie de manger et l'intérêt pour les lettres, ma mère le remarqua et cela lui déplut, mais elle ne fit pas de commentaire, elle attendait avec patience, en silence je me dirigerais vers le côté horrible de la vie et je m'observais guettant n'importe quoi qui puisse venir à mon secours.

Le 25 de ce mois-là, je retournais à l'école et prenais le coin de la rue qui me conduisait au banc où je trouvais Rosaura à l'habitude, quand je vis qu'elle n'était pas là, le cauchemar commença; Tout devenait gris ton gris, j'attendais quelques minutes, je continuais et le chemin qui me conduisait à l'école devenait interminable, les maisons passaient lentement devant moi et le froid de l'hiver semblait perdre du protagonisme comparé au gel qui remplissait lentement mon coeur.

Je parvins à la porte de l'école et je la vis, elle fit comme si je n'existais pas, alors je commençais à sentir mon coeur battre dans mes tempes. Les jours suivants , ce fut pareil, et inexorablement les choses commencèrent à ne plus avoir de sens pour moi, tout ce dont j'avais rêvé avec elle, devenait du brouillard.

Un après-midi je suis allé rendre visite à mes amis, il y avait un moment que je ne les voyais pas, tout du moins Carlos, je n'ai pas attaché d'importance et on a commencé à bavarder un peu sur tout...ce qu'ils pensaient avoir comme cadeaux de Noël, eh! Et surtout l'illusion que l'on avait Antonio, Damien , Roberto et moi: monter une compagnie de théâtre, évidemment on commencerait par faire des choses simples et nous inscrire dans des centres où il y aurait un théâtre-école, ceux qui sont gratuits bien-sûr. Moi je commençais à oublier Rosaura, même si ce n'était que par moments, quand Damien parvenait à dévier la conversation.

Damien avait toujours été de mon côté quand j'en avais besoin et cette fois aussi. Avec un air de complicité il me dit:

- Tu sais cette histoire avec Carlos?. -Durant un instant je pensais que Damien me parlait de physique -.

- Qu'est-ce que tu veux dire?? -demandais-je d'un air confus -.

Damien pâlit quelque peu, avala sa salive, et parla de nouveau.

- Tu... je veux dire... tu ne t'es pas rendu compte que Carlos ne t'a rien dit de l'après-midi.

Oui, mais je n'y ai pas attaché d'importance tu sais bien que Carlos ne...

Jan- me dit-il en m'interrompant, tu sais que la mère de Carlos connaît la mère de la fille avec qui tu sortais...

Quelque chose blessa mon coeur

- Rosaura!? -parvins-je à balbutier d'un air désespéré-.

- Écoute, Damien essaya de me tranquilliser, il était de plus en plus pâle.-Oui j'imagine ce que tu penses, il la veut, et même ...il l'a.

La dernière syllabe sonna comme un coup de tonnerre.

Carlos...mon Dieu!, depuis le plus jeune âge nous jouions ensemble, on avait tout partagé ensemble...quelle ironie du sort!. Ma respiration s'accélérait mais je ne devais rien reprocher à Carlos de tous mes maux et à ma grande surprise je n'éprouvais pas le moindre sentiment d'agressivité ou de violence.

Damien me regardait, avec un air qui disait "je suis désolé", et moi je regardais l'horizon de l'anti-monde.

Que pouvait-il arriver de pire?..Dieu seul le savait.

Je commençais à vivre et j'oubliais l'incident au fur et à mesure jusqu'au moment ou le nom de Rosaura cessa de me faire mal quand je le prononçais.

Presque un an après, ma mère tomba gravement malade et la mort déguisée en tuberculose l'emporta alors que c'était le moment où j'en avais le plus besoin.

Tandis que la dernière image s'estompait, Benet apparaissait se confondant avec cette image, il avait cette fois un chapeau gris aux bords étroits qui allait parfaitement avec sa veste et son pantalon, le papier en main et la chemise avec le dernier bouton ouvert.

J'avais le bord des pupilles rouges, la peau sous les paupière noire, mon esprit était un bloc de glace.

Benet me regarda tristement. Ensuite il se mit à parler:

- En plus de tout ça, tu t'es exaspéré aussi à faire dans la bonté et dans les sentiments uniquement à ces moments-là, comme si les autres jours de l'année ne contaient pas. Tu as eu de la chance qu'Industria Papeleras S.A. veuille bien te prendre comme employé et que la famille Braix t'aide autant qu'elle peut, quatre ans après tu aurais pu monter la compagnie, une formation après une autre, bien sûr pourquoi?- il me regarda fixement et continua- car tout seul tu as dû lutter contre beaucoup de choses et alimenter l'autoestime d'un tas de manières différentes et là- il signala le vide- c'était où se trouvaient tous les autres problèmes en ce qui concerne le contact avec les gens.

-Tu crois que ça a été facile? Dis-je d'une voix rauque et tout en gesticulant- tu crois que tout était simple à cet âge-là? Penses-tu que c'est quelque chose de mauvais pour les autres? C'est ce que tu crois?.

-S'aimer -énonça Benet avec son habituel ton aimable- n'est pas mauvais en soi, c'est même nécessaire mais---il faut faire attention Jan, les gens ont l'habitude d'interpréter les choses en leur donnant des tournures qui leur conviennent, vers ce qui les intéressent le plus et renvoyer leurs fautes de quelque chose qui semble étranger et gênant à la fois pour nous, ce n'est pas simple: reconnaître qu'une personne à fait quelque chose pour une cause concrète ne l'est pas non plus.

mais ce n'est pas ma faute! Dis-je en gémissant- c'est même de cette façon-là que ce type de personnes détruisent les autres.

Et ainsi ils se protègent par instinct.

Je restais muet en regardant l'obscurité qui se perdait dans le néant, les faibles impulsions électriques me permettaient quand même me demander ce qui allait arriver à présent.

14-11-1991

Je sentis comme quelque chose de dur se traînant lentement, Benet conserva le dossier dans une de ses poches tout en ouvrant les yeux un peu plus grands que la normale, j'avais l'impression de voir un symptôme de "surprise inattendue" sur son visage, ceci me fit très peur. Le bruit commença comme un murmure, qui devenait de plus en plus fort au point de devenir un coup de tonnerre, je pus observer que ça venait de quatre points différents; je commençais à regarder autour de moi avec peur et d'un air désespéré, à un moment mon regard s'écartait de l'endroit où était situé Benet mais ce bref moment fut suffisant pour qu'il disparaisse.

Enfin je pus voir quatre murs blancs se rapprocher, j'essayais de courir mais je ne pouvais pas, quelque chose me bloquait les pied, le sang faisait battre mon coeur au point que mes veines semblaient éclater, et mon front devenait humide constamment par une sueur froide tandis que les murs se rapprochaient de plus en plus à une vitesse incroyable, le sentiment d'impuissance qui me cernait pouvait être comparable avec la panique que je ressentais. Finalement cela cessa lorsque les quatre murs se refermèrent, ensuite apparurent deux autres murs latéraux qui formèrent le plafond et le sol. Le son n'avait pas de forme. Alors je pus voir les pieds, je courus désespérément vers un coin de la cellule blanche et automatiquement je me mis en position de fétus, avec les pupilles extrêmement dilatées je scrutais la cellule en recherchant une porte, une fenêtre---quelque chose , et la définition de "blanc sur blanc" traversa de nouveau mon esprit.

Bien que le temps ait perdu toute signification, un bon moment s'écoula avant que je ne commence à distinguer des pas qui venaient de l'extérieur de la cellule, l'échos des pas frappait mes tympans et rendait mes nerfs comme des branches séchées. Le son des talons cessa. Quelque chose de semblable à une porte commença à se dessiner sur un des murs de la cellule, et apparut ensuite une figure, je me blottis davantage dans mon recoin et la figure avança de quelques pas, ce fut à ce moment que mes yeux virent l'image de quelqu'un de connu, mais mon esprit bloqué mit du temps à reconnaître de qui il s'agissait...mon Dieu c'était Alberto!!.

- Jan -me dit-il tandis que je me levais en appuyant l'épaule sur un des pans du coin

- Alberto... c'est toi, n'est-ce pas?- je courus vers lui pour le prendre dans mes bras. Il s'écarta. Je ne comprenais pas-.

- Mais...

Je ne suis pas ici pour des embrassades - coupa-t-il

Mon désespoir grandissait par moments, Alberto avait toujours été de mon côté jusqu'à ce qu'il parte en France, il y a deux ans, pour vivre avec un frère de son père.

Alberto, c'est moi, Jan...tu te rappelles?.

Je sais bien

Quoi...?

Jan, rappelle-toi bien, tu as oublié quand je profitais de n'importe quoi pour pouvoir t'enfoncer? Avec mépris, allons, Jan rappelle-toi.

Mais tu as toujours été mon ami.

ça ne changeait rien à mes yeux, tu dois te rappeler froidement. Quand une de tes représentation m'a -t-elle plu? Quand t'ai-je encouragé dans ta manière de diriger?, même si c'était une bonne pièce, je vais te dire Jan...jamais-il fit une pause- et tu ne t'es jamais demandé pourquoi? - il sourit d'une façon sarcastique-, car je n'en pouvais plus de toi, Jan, c'est pour ça.

Les membres de mon corps étaient bloqués, mes yeux se cristallisèrent et de chaudes larmes coulèrent sur mes joues, mes lèvres tremblaient. Alberto parlait toujours, de plus en plus fort et d'une façon de plus en plus sarcastique.

- Et maintenant tu pleures, j'ai toujours détesté les faibles, mais que tu le sois, je le détestais encore plus, je t'ai toujours eu à ma merci ou alors j'ai essayé de te calomnier, bon les calomnies il n'y avait pas que moi qui les disais sur toi, je ne veux pas te donner tant de mérites -il ria-

- Mais tu m'as aidé aussi!- dit-il d'un ton plaintif -.

Il y a longtemps de ça, mais je l'ai essayé au moins, quand j'en avais l'occasion- dit-il plus calmement, il se tut un instant- mais ça n'enlève rien à ce que j'ai pu prendre de toi et je ne vais pas rentrer dans les détails.

Il se tourna vers la porte et cria;

Julio!..toi aussi tu es là- je dis a Julio, qui venait d'entrer dans le bâtiment

Oui Jan..moi aussi je t'ai détesté en silence.

Tu vois, dit Alberto- mon cher Jan, les choses ne sont pas comme tu le croyais, et même moi ou d'autres ne t'estimaient comme tu t'imaginais.

Julio sortit

Alberto n'était plus éclairé par la lumière de la cellule et les ombres l'éloignèrent vers l'anonymat.

Julio sortait et au même instant entrait Silvia. Je n'étais pas vraiment surpris.

As-tu ressenti aussi de la haine à cause de moi?

Moi c'était différent- dit-elle d'une manière totalement inexpressive- seulement par moments, tu n'étais pas assez important dans ma vie pour occuper mon esprit plus que la normale.

- Ouais..

Je suis ici pour quelque chose de différent Jan. Sais-tu ce que j'ai dû endurer? Elle haussa les sourcils, sais-tu jusqu'à quel point j'ai dû supporter ce qu'on me disait de toi?

" Fais attention à ce type.

Il t'abandonnera rapidement

Tu le supportes!!..

Je n'ai jamais pensé ça de toi"

Et même, Jan, beaucoup plus, j'ai dû écouter même un de tes meilleurs amis et sais-tu pourquoi? - elle n'attendit pas de réponse- car en réalité tu n'as jamais eu un meilleur ami, tu n'en as eu qu'un..

Et même ainsi, tu es sortie avec moi -dis-je d'un ton tendu et triste-.

C'est mes affaires, ça ne regarde personne d'autre

Tu crois que je pense que ça n'a pas eu d'influence sur toi

Oui

Mes sens se glacèrent.

À un moment le silence régna; ensuite je dis d'un ton relâché.

Lorsque je t'ai vue rentrer...quelque chose en moi que je croyais mort s'est réveillé..

Où veux-tu en venir, Jan? M'interrompit Silvia.

Ne m'interprètes pas mal, je..

Je sais ce que tu veux, et tu n'y arriveras pas.

Elle me regarda un instant, ensuite avec le visage serein, le regard fixe, elle fit demi-tour pour s'éloigner dans l'obscurité.

Le sentiment d'impuissance se transforma en furie, la furie en tristesse, et la tristesse de nouveau en impuissance..

Elisa entra dans la salle. Elle s'arrêta un moment à la porte. Elle s'approcha. Durant deux années nous avions tout partagé ensemble, compréhension, affection, amour. J'avais envie de la prendre dans mes bras et de me cacher dans son épaule comme un enfant, mais je ne le fis point, j'avais peur, je restais sur mes gardes.

Bonjour Elisa

Jan, on n'agit pas de la sorte

À un moment donné je ne savais pas de quoi elle me parlait

Non Jan deux ans c'est beaucoup de temps

Un moment Elisa! Ma voix tremblait- je ne t'ai jamais donné des ailes pour que...

Peu importe, que tu ne m'aies pas donné des ailes, ce qui importe c'est que je les ai prises et que tu t'en rendais compte -elle avait haussé le ton-,

Je reculais de deux pas.

Tu aurais pu l'éviter bien avant, mais tu ne l'as pas fait!

J'avais besoin de toi.

C'est possible- elle reprit le ton serein et froid-, mais ça n'empêche que tu n'avais pas le droit.

Elle se tourna en direction de la porte, commença à avancer vers le vide.

La partie de la pièce qui cachait Alberto s'éclaira. Ensuite elle vint vers moi, le sourire aux lèvres

Tu vois bien Jan, répéta-t-elle, tu vois bien

Elle partit

Le coeur donnait sans cesse des coups de fouet dans mes tempes, les yeux, des boules de feux humides: de la corde , mes membres rigides. Je tombais par terre, sur les genoux, et me mis dans un coin de nouveau tout en gémissant, en traînant les talons par terre et en regardant comme la figure disparaissait dans l'obscurité et la porte qui se refermait . Quelques instants plus tard tout était comme avant et par la tension mes nerfs étaient à fleur de pot ...ma tête frissonnait...

14-7-1991
(nuit)
... Mes lèvres tremblent...
me faisant penser...
Les pupilles me font mal...elles sont humides...
Ma gorge est de terre...de pierre...
Je vire...
Où vais-je... -Te souviens-tu de moi?...
-C'est toi?... -C'est vous?...
Obscure.
-Je ne comprends pas?... -Je ne te comprends pas?...
Amour. Lequel?...
-Que s'est-il passé?...
Cri...Pleurs Douleur.
J'ai mal...
Je nie...
Il n'y a pas...Pas ici.
Non.
...
Et alors vint le plus difficile; difficile?
Lève-toi.
C'était dur...C'est dur.
Je suis né et j'ai été ici...je suis ici. Vivre.
Moi. Ma vie.
Je veux avoir été, avoir aimé.
Me sentir... bien.
Non.
...

14-11-1991

Tout d'abord j'ai commencé à entendre des choses, je voulais bouger les bras, plus tard j'ai entrouvert les yeux et tout était comme du brouillard, je retrouvais petit à petit tous mes sens et dans le brouillard se dessinait une image familière, accueillante. Je commençais à parcourir des yeux la pièce et je prenais connaissance de toutes les choses qu'il y avait, quelque chose fit clic dans mon cerveau, c'était mon appartement!, ma chère pièce mansardée, j'étais allongé sur mon vieux lit et je respirais l'air de mon entourage, tout était là, la table de nuit,les livres, mon armoire, mon coeur battait avec force et je respirais de plus en plus vite, l'euphorie remplissait mon corps...jusqu'au moment où, me tournant, mon angle de vision capta l'image de Benet debout, appuyé dans un coin.

...

.Il s'approcha lentement de moi, cette fois tous ses boutons étaient fermés sur sa chemise, le noeud de la cravate bien fait, la veste et le pantalon impeccable, son chapeau sur la tête, rasé depuis peu. Il fumait, et la fumée mélangée avec la faible lueur qui entrait par la fenêtre de ma chambre faisait que, lorsqu'il s'approchait, il y avait des moments où sa silhouette se perdait dans la pénombre de la pièce. Il s'arrêta aux pieds de mon lit, je lui voyais a peine le visage

- Allons Jan, ce n'est pas encore terminé -dit-il tristement et aimablement en même temps.

15-11-1991

Quelques secondes plus tard il me tendit la main, je ne pouvais que l'observer. Un bon moment s'écoula avant que je lui tende la mienne, Je me levais maladroitement et aidé par la main de Benet, je parvins à me tenir debout.

Mon aspect était opaque, j'avais une barbe de trois jours, les yeux à moitié fermés et les vêtements abîmés par les éraflures et pour être resté allongé avec, j'étais pâle, avec des poches sous les yeux, tout mon corps me faisait mal.

Nous marchions en direction de la porte de la pièce qui débouchait sur le pallier de l'escalier du dernier étage. Nous descendîmes.

Au second étage nous rencontrâmes Madame Rolà, qui répartissait avec parcimonie des coups de balais sur le vétuste sol, plongée dans ce qu'elle faisait, elle semblait ne pas me voir, elle ne vit pas non plus Benet, il s'arrêta seulement un instant, boutonna les deux boutons qui lui restaient de la veste et continua.

Quand nous arrivâmes dans l'entrée et que je vis la lumière du jour j'observais qu'il était sur le point de pleuvoir, et le ciel formait des nuages noirs. Le ciel n'allait pas tarder à gronder.

Nous continuâmes chemin faisant, l'agressive sérénité avec laquelle marchait Benet, cette fois à mes côtés m'inquiétait quelque peu, mais je fis semblant de rien.

Les premiers éclairs jaillirent du ciel annonçant le premier coup de tonnerre.

Pendant que nous marchions je rencontrais de nombreuses personnes connues du quartier, M.Covà le poissonnier, Juan l'épicier et bien d'autres qui m'avaient accompagné sporadiquement à l'époque où je vivais dans ce quartier, mais aucun ne me reconnaissait, sans doute pour mon aspect qui n'était pas l'habituel et mon image était plus semblable à un vagabond, c'était sans doute pour cela.

Les nuages continuèrent à gronder et en quelques secondes il commença à pleuvoir intensément. Benet semblait s'en ficher, moi je commençais à ne me préoccuper de rien.

Nous quittâmes le quartier et nous nous dirigeâmes vers les extérieurs de la ville, et tandis que la pluie nous attaquait férocement, mon esprit se posait des questions; j'allais bientôt avoir la réponse.

16-11-1991

L'obscurité produite par les nuages accompagnée de l'agressivité de l'eau, rendait mon orientation difficile au point que je ne faisais que suivre le chemin que Benet me décrivait.

Il y avait un moment que je ne voyais pas les lumières de la rue et ce fut à cet instant que j'aperçus quelque chose au milieu de la pluie, c'était l'entrée de quelque chose qui me semblait familier et à la fois redoutable, c'était l'entrée d'un.....cimetière

Benet, impassible, continuait à marcher vers l'entrée et moi je remarquais l'effroi qui s'emparait de mes entrailles et mes jambes allaient moins vite de façon instinctive, mais je ne pouvais pas m'arrêter.

Le cimetière était de plus en plus proche, j'essayais de crier à Benet pour qu'il s'arrête, mais mes cris étaient estompés par la furie de la nature et je savais de toute façon que Benet m'écoutait. Nous entrâmes, parcourant les rues de tombes et ma peur se transformait en panique irrationnelle, qui transformait mes sens sans dessus-dessous effleurant le ridicule.

Enfin nous atteignîmes le cimetière où avec tant d'efforts je pus observer quelques figures qui bougeaient, trois étaient statiques...c'était un enterrement.

Quand nous nous approchâmes assez près je pus observer les visages, je fus tellement surpris que la peur que je ressentais à un instant disparut pour laisser tout mon corps s'imprégner de ce sentiment...c'était Damien et sa femme, Mónica qui crochait le bras gauche de son mari, pleurant en silence, à ses côtés M-Braix le visage triste et inerte, tous les deux sous les parapluies, les fossoyeurs entraient à ce moment entraient le cercueil dans la tombe prévue à cet effet, Benet et moi étions à côté de Damien. Damien se tourna pour me regarder mais ne me reconnut pas et continua regardant le travail des fossoyeurs. Je frissonnais par le froid et par l'anxiété de voir à travers l'iris tout ce qui se passait.

Tandis que les fossoyeurs refermaient la tombe avec la pierre tombale:

À la mémoire de
Jan Solés i Benar
1880 - 1904

Je lisais et relisais les lettres sculptées sans vouloir comprendre ce qu'elles disaient, mais je ne pouvais éviter la réalité plus longtemps, l'anxiété se mélangea avec l'hystérie et je me jetai alors sur la pierre tombale, Damien me prit ensuite par le revers du manteau.

- Damien, je ne suis pas là-dedans!! Criais-je au milieu de pleurs-.

Damien me regardait comme un pauvre fou tandis qu'il couvrait sa femme avec un bras, M.Braix me regarda seulement du coin de l'oeil. Je tombais à genoux par terre. Les fossoyeurs venaient de terminer et partaient. Damien et les autres se dirigèrent vers une voiture qui se trouvait derrière eux. Quelques instants plus tard dans la ville des morts il n'y avait que Benet et moi. À genoux et gémissant, tout mon corps tremblait durant deux minutes, je me suis ensuite levé brusquement et me suis mit à courir désespérément vers l'endroit où était Benet, peur et anxiété, je le pris par le noeud de la cravate, l'amena vers moi et lui cria:

Non!! Pas déjà...Benet c'est pas possible, il me reste encore plein de choses à faire..Benet non..

Il est trop tard -m'interrompit Benet, cette fois solennellement- tu peux rien faire,tu es mort le 7 février, tu n'es pas parvenu à quitter l'usine.

Je regardais fixement Benet. Dans l'énervement du moment présent il n'y avait pas de paroles, pas de gestes, il n'y avait rien.

Adieu Jan- le fond de son regard était triste-.

Il fit lentement demi-tour et commença à s'éloigner, je regardais fermement Benet tandis qu'il se perdait dans l'obscurité et derrière les rideaux d'eau, ensuite je fis demi-tour, marchais vers la pierre tombale et m'assis par terre à ses côtés. La nuit était tombée depuis un bon moment, on ne voyait pas la lune, il faisait froid, je tremblais.


ÉPILOGUE:

J'étais fatigué, je le sentais bien. Tandis que je rentrais à mon bureau, je desserrais le noeud de ma cravate (je n'en pouvais plus) et déboutonnais les deux premiers boutons de ma chemise.

J'ouvris la porte, allumai la lumière de la lampe de la table, tout était en ordre; j'enlevai ma veste et posai mon chapeau, mis tout sur la chaise.

Au-dessus de la table il y avait une enveloppe, je l'ouvris et la lus calmement; ensuite laissant le document sur la table, je me dirigeai vers le classeur et pris un dossier. Je m'assis sur la chaise et le lis avec attention tout en allumant une cigarette. Quelques minutes plus tard je me levai, fis le tour de la table et m'assis sur un des coins. Je regardais devant, au loin on entendait des pas, je continuais à fumer.

16-11-1991
Réédition [19-11-1991]
Réédition [12-9-1993]
Traduit en français [15-11-1997]


Remerciement à:

Hector "Maestro, Succo, Il n'y a rien d'autre " De La Fuente (pour être au bon moment au lieu qu'il faut), LLorenç "Où ai-je mis le tendeur?, je perds la boule, Hip-Hop ouh la la, Fogueras" Arbonés (pour être sensible, compréhensif et étourdi), Marta "Elle est déjà là, Arale est déjà ´là " Arbonés (pour me couper les cheveux à l'oeil et m'écouter), Charles Dickens (Évidemement), Xavi "Du calme, tu m'énerves " Martinez (pour son aide), Jaume "D'énormes gaffes, Verde [tu sais pourquoi]" Martinez (parce que c'est un chic type), Marc "Comment tu fais ça?, Salut, comment ça va, C'est une drôle de journée aujourd'hui" Calvo (pour me laisser le zoom, pour aimer la musique, malgré tout pour répéter dans un grenier et car c'est une bonne personne), Joan "Je n'arrive pas à croire que j'ai réussi l'examen, tu dois me l'enregistrer, baisse-moi la 2ème voix " Calvo (car il se mêle de ce qui le regarde et sait pianoter), Sergi "Demain à neuf heures, c'est sûr, Sapastres, pas très malin " Borràs (pour confier en moi le jour du vertige), Antonio "Aujourd'hui je l'aurai celle-là " Gil (car il voit et écoute mais ne parle pas), Mª del Mar "Donne-moi à boire ça " Acosta (car c'est là que tout a commencé), Salva "Si tu n'as pas goûté le gâteau tu ne peux pas savoir si tu vas aimer. On s'en va à la Patagonie, mais c'est tout de suite!" Aguilar (car c'est un bon gars), Silvia "t'as vu..." G.García (car je l'ai toujours apprécié), Jaume "Jevi, Sosis, Mito, Wendy Jane, Débauche et foire " Esteve (pour les disputes musicales), Gemma "Ma puce" Esteve (pour les innoubliables moments que nous avions pasé ensemble), Pedro "J'arrive " Fernandez (pour m'aider à traduire de l'espagnol à l'anglais un tas de choses, donner du goût à la vie et acheter des jus d'oranges à la Vila), Mónica "Je viendrai peut être " Robledo (pour soigner mes blessures sans attendre quelque chose en retour, être affectueuse, attentive et compréhensive), Joaquín "Naufrage, Je ne m'entends pas " Calvo (pour les fiestas en motos que nous avons faites), Alfredo "Au Caragiola, C'est fini " Vera (pour me venir en aide), Elisenda "Ma chérie, l'amour de ma vie, et de mon coeur [elle sait de quoi je parle]" García (pour les incalculables moments de joie), Josep "Master of all pedals, Faites-moi taire" Arbones García (car on n'aurait pas pu répéter plus d'une journée s'il n'était pas intervenu avec délicatesse ", Stephen King (pour l'inspiration), Aldous Huxley, J.R.R. Tolkien, Celia Ramos (car elle m'a dédicassé un livre), Sir Arthur Conan Doyle, Howard Philips Lovecraft, Gustavo Adolfo Bequer, James Kahn, Michael Ende, Herman Hesse, William Hjortsberg, Dalton Trumbo, Desmon Morris, Calderón De La Barca, Ginchin Funakoshi, Felix Rodriguez De La Fuente, Jean Jaques Dubosc "Vikingo, Eh David, t'aurais pas par hasard...", Maria "Mary, Flori" Venzalá López (car c'est une copine), Antonio, "Toño, T'inquiète pas je m'en occupe " Solanes Fernandez (car c'est un pote), António Jesus Solanes Venzalá (car il est toujours là), Francisca "Paqui" Venzalá López (pour exercer comme "médecin à la maison" et pour son aide), Manuela López Salinas (car elle est très douce), António Sabino Venzalá (pour ses proverbes et son affection), car sans lui tu ne serais pas en train de lire ces lignes en français, et merci à Dieu.


ERREURS:

Yeux qui ne voient pas
coeur qui n'aime pas.



Merci à toi.



Une pubication de:
Underground Publishing

 

Toute ressemblance des personnages ou faits décrits dans cet ouvrage avec la réalité peut ne pas être le fruit du hasard. Je dirais même que cela peut être provoqué volontairement.

La reproduction totale ou partielle de cet ouvrage n'est pas interdite, ni sa transmission de quelque manière que ce soit, électronique, mécanique ou moyennant photocopies, par registre ou par d'autres méthodes, même sans en demander l'autorisation préalable à l'auteur.

Édition Internet: 7 Août 1996
Registre de la Propriété Intellectuelle de Barcelone: 1995/08/1263